Tout me plaît chez elle.
Sa mauvaise réputation d’abord puisque, de la famille maudite des empoisonneuses — les solanacées — elle fut longtemps surnommée “pomme malsaine” (mela insana en latin, qui a donné melanzana en italien) !
Son nom aussi, du moins en occitan où c’est une métaphore sans équivoque : viédazé… c’est-à-dire “vit d’âne”. Inutile de vous faire un dessin ni de vous rappeler mon nom de famille.
Ce symbole phallique sévit d’ailleurs encore dans les noces du Sud-Ouest, pas toujours élégamment, j’en conviens.
A l’origine, les aubergines étaient blanches, semblables à des œufs, d’où ses noms anglais (eggplant) et allemand (Eierpflanze, Eierfrucht). Cette variété existe toujours sous le nom d’ “aubergine indienne”.
Puis, à partir du XIVe siècle, elle n’a cessé de grossir et de s’allonger, exactement comme ce à quoi vous pensez. Et même s’il en existe des rondes, on songe surtout à leur forme évocatrice (allongée, demi-longue), de teinte magenta-pourpre à violet. Couleur qui n’est évidemment pas sans rappeler certaines turgescences. Bref, c’est une “grosse légume”.
Son goût enfin. Car, bien que virile au potager, cette belle débonnaire à peau d’améthyste a une chair douce qui s’abandonne à la cuisson jusqu’à devenir souple et fondante, ce qui permet la préparation de recettes toutes plus délicieuses les unes que les autres : caviar, escabèche, beignets, pâtes, aubergines grillées à la mauresque, farcies, gratinées à la mozzarella, poupeton, parmesane, moussaka, aubergines en persillade qu’on pourrait prendre pour des cèpes (à la trompe-couillons), aubergines de l’imam bayaldi… c’est-à-dire qui s’évanouit de délices ! |