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Carte blanche à Catherine Thenes
Contrainte
"Je me souviens" de mon premier émoi culinaire. Une plongée dans le passé, la mémoire, dans l’éveil des sens.


 

Les portes de l'enfance


Je me souviens de la tortilla de patata découverte dans les années soixante à l’occasion des premières virées familiales en dehors des frontières de l’Hexagone. Pour les enfants nés dans l’immédiate après-guerre, la traversée des Pyrénées a été la même promesse d’un ailleurs que pour la génération des congés payés de 1936.

Trois semaines de vacances en voiture, en famille et en Espagne… Je me souviens d’une France sans autoroute, la lente traversée des villages gaulois, le réseau routier à une seule voie, les 60 km/h de moyenne. Des milliers de familles, bloquées les unes derrière les autres au cul d’un camion, sans possibilité de doubler pendant des kilomètres, l’interminable cérémonie du franchissement de la douane à Irun, au col du Pourtalet, au Perthus ou au Val d’Aran. La frontière à peine franchie, toute une carte gastronomique inédite s’offrait à nous. Tortilla ceci, tortilla cela, en entrée ou en plat principal, tantôt chaude, tantôt froide… mais toujours tortilla.

Plus cuite et plus dense que son homologue française, vaguement apparentée à la baveuse interprétation de la Mère Poulard, mais revendiquant sa propre identité car saisie et cuite des deux côtés, associée à l’huile et non plus au beurre, et bien plus inventive et festive que l’omelette familiale pratiquée au nord de la Loire.

Petite auberge d’étape en bordure de route, vieux restaurant typique sur les ramblas de Barcelone, luxueux parador en Castille, hôtel de charme dans les quartiers historiques de Séville ou de Grenade… la tortilla de patata a été pour mon frère aîné et moi, avant l’effervescence joyeuse et foutraque de Mai 68, notre premier rite de passage à l’âge préadulte.

Plus qu’une roborative omelette aux pommes de terre, au chorizo, à la tomate ou aux poivrons, la tortilla ibérique fut d’abord un coup de fourchette dans le cordon ombilical qui nous reliait à nos étés à la campagne ou sur la côte atlantique, à aller chercher le lait à la ferme, à construire des cabanes dans les bois et des châteaux de sable sur la plage, à nous gaver de roudoudous, de guimauves et de crêpes au sucre.

Après ces aventures estivales sur la Costa Brava, puis toujours plus bas vers le Sud pour fuir les hordes bruyantes de compatriotes et d’Européens du Nord qui avaient la même envie de soleil que nos parents, nous attendait ce que nous pensions être la “vraie vie” : les vacances sans la famille, entre copains, l’envol vers d’autres horizons, des frontières plus lointaines, des ailleurs à défricher. Nous n’étions plus des enfants. Une simple galette d’œufs battus avait refermé à jamais pour nous les portes de l’enfance.

 

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