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Le poulet à la Kiev
Plat chaud pour un massacre

Le poulet à la Kiev

Les guerres ne devraient exister que dans les cuisines. A coups d'escarmouches quand il s'agit de revendiquer l'origine d'une recette…

02/04/2022

Prenez le poulet à la Kiev dont vous retrouverez la recette sur le site de France Culture. C'est une bataille de tranchées gastronomiques entre Ukrainiens et Russes, ces derniers affirmant que les côtelettes devraient être appelées « à la Saint-Michel », car nées à Saint-Pétersbourg. Au contraire, les Ukrainiens défendent l'idée que ce sont leurs cuisiniers qui en ont eu l'idée.

On a découvert cette guerre « picrocholine » comme elle l'appelle dans « Les plats chauds de la guerre froide » de Guélia Pevzner, un livre publié aux éditions de l'Epure, qui nous a profondément ému. Publié en novembre dernier, son titre paraît aujourd'hui étrangement prémonitoire alors que ce récit se nourrit d'une grosse tranche de vie passée de son autrice, journaliste à RFI et écrivaine d'origine russe.

Née à Moscou, Guélia Pevzner a grandi dans l'URSS des années 60. Ses parents sont ingénieurs, son grand-père paternel, correspondant de guerre pour la Pravda, est mort sur le front à Kiev en 1941. A la faveur de la perestroïka, elle débarque en France en 1989. En 2017, on lui offre un bouquin qu'elle reconnaît au premier coup d'oeil : « Le livre de la nourriture bonne et saine », la bible de la cuisine soviétique, tiré à plusieurs millions d'exemplaires depuis sa première édition en 1939 sous Staline. Le gros ouvrage à la couverture verte et aux photos de plats aussi fastueux que surannées comporte un autographe sur la page de garde : «A la mémoire de la soupe du goulag.» « En relisant la dédidace, le pays tout entier s'offrait devant mes yeux, dit Guélia Pevzner. J'avais l'impression de m'introduire par la fenêtre chez ses habitants et de les observer pendant leur repas. Je me voyais moi-même faisant la queue pour quelques fraises promises à ma fille. »

Avec « Les plats chauds de la guerre froide », Guélia Pevzner démontre magnifiquement qu'en soulevant le couvercle de la bouffe d'un peuple, on y contemple son Histoire mais aussi l'intime de millions de femmes et d'hommes. De l'incontournable chou fermenté à la charlotte russe de pain blanc aux pommes, elle entremêle les recettes soviétiques avec celles de son vécu dans son pays natal où elle n'est pas retournée depuis la dictature de Poutine.

« Les plats chauds de la guerre froide » est aussi un voyage en absurdie dans un pays qui avait inventé son propre argot pour dire son obsession de trouver de quoi manger. « Le mot populaire pour désigner les produits manquants était « déficit », écrit Guélia Pevzner. Les objets les plus ordinaires, comme le papier toilette, le café soluble ou les bananes tombaient régulièrement dans cette catégorie et certains y restaient pour toujours. « J'ai trouvé un déficit ! », s'écriait parfois ma mère en déballant les courses.» Le livre est aussi truffé d'«anekdoty », les fameuses blagues soviétiques comme « Pour remplir le frigo de viande, il suffit de le brancher à la télé. »
 
En trente ans de vie soviétique, Guélia Pevzner n'est allée que cinq fois au restaurant. La première fois, elle avait dix ans et sa découverte avec le poulet à la Kiev se termina par une indigestion. Aujourd'hui, le poulet à la Kiev ne serait que la mésaventure passée dans le souvenir d'une petite fille si l'armée de Poutine n'avait pas envahi l'Ukraine où la mémoire de l'Holodomor, la grande famine ukrainienne de 1932 (entre 3 et 6 millions de morts) provoquée par la politique agricole de Staline, reste très présente. « A l'époque mon grand-père qui était musicien traversa le pays en train. On leur ordonna de baisser les stores des wagons pour ne pas voir les Ukrainiens affamés ramper en demandant de l'aide. » Guélia Pevzner vit désormais au rythme de cette guerre entre « deux peuples frères, slaves de l'Est. C'est Caïn qui tue Abel », dit-elle. 

Jacky Durand. Les Mitonnages de Jacky sur France Culture. Diffusion samedi 12 mars 2022.

Thèmes : guerre froide , russie , poulet de Kiev, jacky durand, france culture

 


 
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