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Carte blanche à Pierrick Bourgault
Contrainte
"Je me souviens" de mon premier émoi culinaire. Une plongée dans le passé, la mémoire, dans l’éveil des sens.


 

Saveurs clandestines

Saveurs clandestines


Je me souviens du café de mon grand-père, dans une bourgade de la Mayenne. Une table ronde en merisier roux, des chaises paillées dépareillées. C’était la maison voisine et le bout du monde, l’endroit le plus éloigné où l’on m’autorisait à venir seul. Dans sa cuisine qui fleurait bon le tabac brun et l’anisette, les vieux copains du grand-père venaient siroter le vin ordinaire de la semaine, un coteaux-du-layon liquoreux le dimanche. Le cendrier Dubonnet bleu-blanc-rouge les invitait à s’offrir une gitane bien roulée ou une pipe de tabac rude qui assèche la gorge et donne soif.

Alors quelque vieux copain surgissait des ombres de juin ou de la nuit hivernale, son vêtement recelait les senteurs du monde extérieur, l’humidité de la pluie, un feu de broussailles. De sa besace, il sortait des poissons brillants pêchés dans la rivière. Un autre camarade posait des cerises, des noix ou d’autres trésors sur la table unique de ce drôle de bistrot où le temps s’étirait et me semblait infini. Si quelqu’un faisait mine de partir, mon grand-père remettait à niveau les liqueurs ambrées, sa tournée d’eau-de-vie distillée en douce.

Lorsqu’il raccompagnait ses clients sur le seuil du bistrot ou me tournait le dos pour rincer les tasses dans l’évier, je sifflais le fond vermeil des verres. Or la promesse fruitée se révélait souvent amère, piquante ; je préférais les vins au goût de miel, les liqueurs des femmes. Quelques années plus tard, la cigarette m’apporta la même surprise. La fumée évanescente et parfumée d’épices de l’amsterdamer râpait la gorge, tordait les poumons. Mais au rudoiement succédaient un goût presque doux, une sensation de légèreté et l’envie de recommencer. Plus tard, j’ai appris que le bistrot était officiellement fermé, mais que le grand-père continuait à recevoir ses clients. Et qu’il n’était pas dupe de mes larcins, initiation clandestine aux saveurs de son petit monde.


 

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Saveurs clandestines
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Mots-valises : de "apérotative" à "fier comme un bar-tabac"
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